(A) Généralités.
(a) Le clivage des représentations est un processus dynamique qui se constate à toutes les échelles, des instances psychiques de l'individu à l'humanité, en passant par le groupe, l'institution, la société et la civilisation. Bien sûr, le clivage est d'autant plus net qu'il concerne deux représentations contradictoires, portant sur le même objet, au sein d'un seul individu. Mais, tous ces clivages emboîtés se favorisent mutuellement. L'expression <clivage des représentations> est construite en référence au clivage du Moi qui explique le fétichisme. Elle fait aussi allusion au clivage de la pulsion, qui détermine une dualité entre une tendance agressive et un courant ou une tendance tendre. Il y a un net clivage des représentations (et des pulsions) quand on porte de l'amour et de la haine au même objet libidinal.
- <<Aimer d'un amour humain, c'est pouvoir passer de l'amour à la haine, tandis que l'amour divin est immuable. (Comte Lev Tolstoï, "Guerre et Paix")>>.
(b) Un exemple simple de clivage des représentations réside dans le fait, très courant, que nous formulions des propositions en contradiction flagrante avec d'autres propositions, parfois formulées le même jour, dans un autre contexte. Pour un élève, dans le système de l'enseignement, il suffit parfois de changer de professeur et de salle de cours pour qu'une représentation se désactive et qu'une autre (contradictoire) apparaisse.
(c) Assistant en Sciences Economiques, à l'Université Lyon II (mon curriculum est dans le texte intitulé "Hubert Houdoy"), je trouvais souvent des copies dans lesquelles les étudiants commençaient par : <De tous temps, les hommes se sont posé la question du rapport qualité / prix> ou d'autres banalités de ce style. Par une telle formule, ces étudiants semblaient supposer que l'Homme de Néandertal achetait sa flute de pain et son <kil de rouge> tous les matins chez l'épicier du coin, qu'il comparait prix et qualité avec ceux du Bougnat de la rue voisine et ceux du Chinois de la place du Peuple. Bien sûr, à titre de comparaison, il gardait sur son calepin le souvenir des cours pratiqués chez tous les "dépanneurs" de la rue Sainte-Catherine, à Montréal.
(d) Lors de la remise des corrections, je leur faisais remarquer que leur copie semblait ignorer les nombreux enseignements d'Histoire qu'ils avaient eu au cours de leurs études primaires et secondaires. C'était chaque fois l'occasion d'une utile réflexion sur la mémoire, sur la discontinuité de la conscience et sur le clivage de nos représentations. Je leur avouais qu'il m'arrivait de dire "Je t'adore", malgré ma critique habituelle de tout fétichisme ; ou de dire "Dieu merci !", malgré mon athéisme ou mon agnosticisme foncier. Car tous les clivages ne sont pas catastrophiques.
(e) Voir Désir. Tendresse. Agressivité.
(f) Lire "Geologie Politique". "Production Appropriation". "Réalité Représentations". "Seigneurs Marchands". "Villes Corporations". "Cycle Robinson". "Initier Méditation". "Oedipe Fatalite". "Trois Niveaux".
(B) Histoire.
(a) Un tel clivage des représentations apparaît quand, en 1471, Louis XI déclare nobles tous les possesseurs de fiefs. Cette transformation du fief est symboliquement considérable. Elle fait disparaître la hiérarchie des guerriers qui est le principe de la tenure féodale. Jusqu'à cette date, la distribution du royaume en domaines, selon le principe récursif de la délégation du suzerain au seigneur et du seigneur au vassal, marquait l'unité symbolique du territoire des Francs. Cette hiérarchie faisait du royaume une totalité dans l'imaginaire. L'hommage du vassal au suzerain définissait une hiérarchie. Il assurait une totalisation symbolique et sociale du royaume. De génération humaine en génération humaine, cet ordre était perpétué par l'hérédité du fief. D'où le mythe d'un ordre éternel, transcendant, idéaliste.
(b) La pratique de la vénalité des fiefs, pour la redorure des blasons, est une dérive locale, accidentelle. C'est un coup de canif dans le principe de la transmission héréditaire, entre gens de sang bleu. Mais cette entorse au règlement normal n'abolit pas l'affirmation du principe. En théorie, la domination du sang bleu sur le sang impur est toujours affirmée. En pratique, le riche bourgeois commence à marier sa fille à un seigneur trop endetté. Le marchand opulent se réjouit de voir ses petits-enfants donzeaux à leur naissance. Par contre, l'anoblissement des possesseurs de fiefs contredit le principe même du système. Car ce décret émane du roi, qui est le sommet de la pyramide féodale, le garant du système et la cheville ouvrière de l'articulation entre le royaume et la Chrétienté.
(c) Plus tard, en exigeant quatre quartiers de noblesse, la réaction nobiliaire tentera de réaffirmer la pureté de ce principe. Mais ce sera déjà trop tard, du moins pour la France.
(d) Pourtant, en 1471, sous Louis XI, le décret royal ne fait pas disparaître le principe de la tenure, ni celui de l'élévation de la noblesse. On affirme et on nie le principe, en même temps. C'est un clivage des représentations.
(e) Cette manière de dire une chose et son contraire est à rapprocher d'un juron comme Palsembleu. L'emploi de ce mot profère le blasphème <Par le Sang de Dieu>, sans le prophérer et tout en le proférant.
(f) Or le décret royal et le juron nobiliaire ne sont pas sans liens symboliques. Car Palsembleu est aussi une manière de jurer <Par le sang bleu> de la noblesse féodale. Ce faisant, le jureur remplace Dieu, principe fondateur imaginaire de la Chrétienté bicéphale (la pape et l'empereur selon la théorie des deux glaives), par la violence concrète et la domination pratique des guerriers. Il n'y a pas là de quoi rassurer son chapelain, ni le confesseur de sa dame.
(g) La dualité s'introduit par l'ambiguïté. A côté de l'élévation par le sang bleu, se développe un enrichissement par le négoce ou la finance.
(h) Pendant longtemps, personne n'est en mesure de dégager les principes du nouveau système.
(i) Il faudra attendre la Révolution Française pour poser et proclamer un nouveau principe : la propriété privée. Ce nouveau principe sera cohérent, mais il sera non-pertinent. Idem pour la propriété collective.
(j) En attendant, les fiefs sont maintenus, les enclosures sont périodiquement condamnées, les banquiers régulièrement brûlés (Templiers), condamnés (Jacques Cœur) ou chassés (Juifs, Lombards). Mais le système féodal et chrétien a perdu la représentation de sa totalité. Sa réalité apparente, son effet de réalité, son effet de nécessité s'estompent ou s'effondrent dans les esprits. Localement, c'est le Tchernobyl de la Chrétienté, dans sa dimension guerrière.
(k) Dans cette période troublée, la perte de l'unité du discours et de la totalité des institutions provoque une tendance au fétichisme. Le fétiche (la monnaie) remplace le tout (la structure pyramidale).
(l) C'est dans ce contexte que la bourgeoisie des marchands va trouver à se développer "dans les pores d'une société" qui, a priori, ne lui reconnaît aucune place.
(m) Nous savons l'importance que prendront les biens de luxe, vendus aux seigneurs, dans cette ascension de la bourgeoisie et cet endettement chronique de la noblesse. Outils du prestige, les biens de luxe sont les moyens du spectacle social et de la représentation (mise en scène) politique.
(n) Le fétichisme organise un spectacle. Il se superpose à la réalité apparente pour la remplacer. Le réel a un double, le fétiche.
(o) D'où le progrès des représentations picturale (perspective), sculpturale et architecturale pendant la Renaissance. Le fétichiste préfère le signe de la totalité imaginaire à la globalité réelle de l'objet de son désir. Par une relation de métonymie, il reporte sur une partie (détail, indice, image) son attachement pour le global impensable.
- <<La plupart des théoriciens s'entendent pour dire que l'organisation limite de la personnalité opère selon un mode de fonctionnement anaclitique. L'angoisse d'abandon caractérise ainsi la dynamique relationnelle propre aux états-limites (Bergeret, 1995 ; Cormier, 1962, 1971 ; Green, 1990 ; Kernberg, 1967 ; Lavoie, 1998). Les états-limites se situent ainsi dans un registre pré-œdipien. En effet, une épreuve de réalité primaire leur permet d'admettre la séparation sujet-objet
(bien que cette admission leur soit intolérable), mais l'impossibilité de la triangulation va de pair avec l'intolérance de l'ambivalence ; le clivage des représentations d'objet et de soi se voit donc maintenu. Dès lors, la constance affective de l'objet demeure hors d'atteinte ; la perception de l'objet oscille entre deux extrêmes : tantôt il est totalement bon, aimant et dévoué, tantôt il est totalement mauvais, persécuteur, sadique. Conséquemment, la fonction symbolique chez
l'individu état-limite se trouve fortement réduite, voire inopérante ; il lui est impossible de se représenter le monde et lui-même sous l'égide d'une épreuve de réalité intégrée (n'étant pas soumise aux oscillations dramatiques du clivage). La personnalité de l'état-limite s'organise autour d'une déficience narcissique, d'une faiblesse du moi. Les instances idéales archaïques jouent un rôle de prime importance. Elles n'ont pas pu se transformer en des instances saines et matures qui,
par la suite, viendront définir un moi intégré. Ces instances archaïques assurent plutôt un rôle de protection contre une position de dépendance intolérable. Sous le soi grandiose se trouve pourtant un moi faible et vide qui induit des passages à l'acte massifs de la part de l'individu état-limite afin de combattre cette perception. La sphère relationnelle de celui-ci se voit particulièrement perturbée. L'avidité orale de l'individu état-limite le fait constamment rechercher la présence de l'autre. ("Psychiatrie & Violence", F. Malingrey, "La dynamique jalouse : déséquilibre entre le désir et l'avoir", document du web)>>.
(p) Le fétichisme de la totalité maintien le souvenir d'une puissance imaginaire, fantasmatique, que la réalité quotidienne ne montre pas. Il affirme et nie simultanément la puissance phallique. C'est la définition du déni et l'origine du clivage du moi.
(q) Le fétichisme économique remplace le fétichisme chrétien (le Corps du Christ) et le fétichisme féodal (le corps du roi). Il reporte le symbole unificateur de la puissance sur un objet partiel et détachable : la monnaie. Elle est à la fois puissance et fertilité.
(r) L'argent donne le pouvoir (vénalité des charges et des fiefs). L'argent fait des petits (usure, taux d'intérêt). Le fétichisme de la monnaie reporte sur celle-ci la fascination pour la totalité de la richesse, le produit net, dont la théorie est absente pour longtemps encore.
(s) Forme d'avarice collective, le mercantilisme bullioniste de l'époque assimile l'excédent de la balance commerciale, l'augmentation du stock d'or, avec la richesse du royaume. Telle est la mutation de la fin du Moyen Age, le passage, encore ambiguë, à une société dualiste.
(t) Mais ce clivage des représentations s'applique aussi au fétichisme privé, celui dont Sigmund Freud donnera la définition. Il a trait à la question du pénis de la femme, à l'image de la mère phallique. Mais ceci est une autre histoire...
(u) Voir Capitulations de Santa Fe. Hiérarchies des travaux agricoles. Rébellion de Francisco Roldan. Vacher.
(C) Division politique du travail.
(a) La question du pouvoir créateur (d'où viennent les enfants, d'où vient le monde, que faisait Dieu avant La Création) est à la base des trois ordres politiques. Il y a :
- la question infantile (d'où viennent les enfants ?) à laquelle chacun doit répondre ;
- la question adulte (d'où vient le monde ?) à laquelle répondent les prêtres, détenteurs et seuls détenteurs de la vérité.
(b) Les deux questions sont liées par une régression infinie de la même question :
- D'où viens-je ? De mes parents.
- D'où viennent mes parents ? De leurs parents.
- D'où viennent les premiers parents (Adam et Eve) ? De La Création divine.
- D'où vient que Dieu a opéré La Création ? Pour donner du sens à un chaos qui n'en avait pas du tout (absurde) ou de trop nombreux (incompatibles).
(c) C'est bien le même pouvoir, magique, de produire quelque chose à partir de rien, qui est implicite dans toutes les questions. A partir de la réponse à la dernière question, le pouvoir divin, comme réponse absolue, re-traverse toute la série des questions, en sens inverse.
(D) Délégation.
(a) Toute conception est une création déléguée.
(b) Les parents héritent du pouvoir divin de créer à partir de rien. (Et moi, est-ce que je l'aurais ce pouvoir ? Je me sens si petit).
(c) Il y a donc un lien indissoluble, une continuité imaginaire, entre le mystère de la Création (Dieu invisible a créé le monde visible) et les mystères de la conception (d'où viennent les enfants ?, de quoi procède la Richesse des Nations ?, comment sont conçus les produits ?, d'où vient l'œuvre d'art ?).
(d) Voir Mystique. Mysticisme.
(E) Héritage.
(a) Délégation, héritage, continuité sont les maîtres mots du pouvoir dans les sociétés de la tradition.
(b) La question du pouvoir sur les hommes est identique. Dieu crée le monde. Sur le Sinaï, il parle aux prêtres, qui sont ses délégués. Les prêtres éduquent et justifient les guerriers. Les guerriers commandent aux producteurs.
(c) On est toujours dans la série. Une logique de domination (par la violence) et d'héritage (par la naissance) produit des échelles hiérarchiques et des lignées de succession.
(d) Avec le développement historique de la science et la complexification de l'organisation sociale, surtout au XIX ème siècle, les réponses aux questions tendent à se séparer. La science ne parle pas de création par un Dieu. Elle n'admet pas l'idée d'une génération spontanée. Elle pose, comme principe, que rien ne se perd et que rien ne se crée.
(e) La question du pouvoir créateur devient donc ambiguë. Notre discours spontané (remémoration automatique) en est rempli, tandis que nos postulats scientifiques l'excluent catégoriquement. Perpétuation du clivage, parfois à l'intérieur de la science. On refuse l'explication. Mais on adopte les formules mathématiques, pour leur productivité magique.
(F) Historicité de la psychanalyse.
(a) Dans ce contexte d'évolution des représentations, il n'est pas surprenant que la psychanalyse historique soit apparue au début du XX ème siècle. Elle exprime des questions nouvelles.
(b) Les contradictions internes du système de représentations perturbent le développement et l'intériorisation de ces représentations dans le psychisme enfantin. Qu'est-ce que le phallus ? La femme l'a-t-elle ou pas ? Car l'inconscient n'est pas capable de distinguer des niveaux d'organisation. Il finit toujours par tout relier, par association ou déplacement. Et il condense les représentations. En somme, le clivage des représentations dans la société favorise le clivage du Moi chez l'individu.
(c) Tous les clivages se renforcent mutuellement.
(d) Ils accentuent un besoin de totalité. Car le clivage résulte d'un idéal pathologique. Il naît de l'idéal d'une totalité, pure image, à jamais impossible dans la réalité.
(G) Clivage et jeu.
(a) Implication. Le clivage des représentation est une faiblesse, une paille, une fissure, une lézarde ou un talon d'Achille pour tout espoir ou pour tout projet concret d'instauration d'une totalité.
(b) Dialectique. Le clivage des représentation est une des contradictions qui font évoluer tous les systèmes familiaux, sociaux, économiques et politiques. Pour Karl Marx, disciple de Hegel, l'étude des contradictions était au coeur de la méthode qu'il a mis en oeuvre dans la rédaction du "Capital" (ouvrage très largement inachevé à sa mort et encore depuis). Mais il n'a pas deviné le rôle que jouait l'existence de l'inconscient dans cette contradiction entre les représentations des individus. Pour lui, ce clivage ou cette aliénation ne naissait que dans certaines conditions sociales déterminées, conditions que le Communisme final, (pas l'URSS qu'il ne pouvait imaginer, tant elle était contraire à sa vision) ferait disparaître ipso facto.
(c) Emergence. Le clivage des représentation vient d'abord de ce que les représentations conscientes, élaborées, délibérées et raisonnées, émergent d'un fond d'inconscience. Si la résultante de ce fond change (et c'est inéluctable dans un chaos structurant et dynamique), l'émergence de telle ou telle représentation n'opère plus.
(d) Constat improbable. L'individu ne prend pas forcément conscience de ce qu'il n'a plus telle représentation qui l'habitait, parfois, épisodiquement, jadis. Il faut parfois la relecture d'écrits anciens (deux conditions à satisfaire : d'abord écrire, puis relire) ou le miroir tendu par les remarques des autres pour que s'effectue une prise de concience de cette transformation. Si bien qu'une évolution des représentation se réalise très spontanément dans la société, puisqu'elle opère en chaque individu.
(e) Le clivage des représentations introduit un jeu (bancal et non pas ludique), une lacune dans le système des représentation de tout ce qui se voudrait une totalité. C'est la paille dans l'acier, cachée dans ce qui paraît le plus solide.
(f) Ce jeu (déséquilibre) peut introduire des degrés de liberté dans le comportement et dans le calcul des agents. D'où des stratégies différenciées des acteurs sociaux. Karl Marx parlera de nécessaire ou d'inéluctable lutte des classes. Les auteurs contemporains théoriseront ces stratégies dans le cadre de la Théorie des Jeux.
(g) Un effet direct de ces stratégies différenciées permet le développement de représentations simultanées et contradictoires.
- Un marchand, enrichi dans le commerce de biens de luxe (soie, épices), devient un notable bourgeois. Membre de la jurande de sa commune, il marie sa fille au fils d'un noble appauvri. Notre homme est persuadé que la dot qu'il verse pour le mariage de sa fille est le prix d'achat d'un bien foncier à la propriété privée duquel il accède, même si c'est au bénéfice de ses petits-enfants, encore à naître. Dans sa stratégie propre, ce mariage est une réussite totale.
- Le seigneur, son fils, leur suzerain et jusqu'au roi, tous les nobles pensent autrement. Sûrs de leur sang bleu, de la permanence éternelle de leur domination politique sur le royaume, ils ne raisonnent qu'en termes de lignage, de filiation patrilinéaire et de tenure féodale. Ils "tiennent" la terre en tant que membres de l'ordre symbolique des Guerriers. La fille du bourgeois n'est qu'une femme. Et, Aristote vous le confirmera si besoin est, la femme n'est qu'un vase. Le fief n'est pas tombé en quenouille. Ce mariage n'est qu'une péripétie, sans conséquence dommageable.
- Ainsi s'explique la contradiction suivante. Le principe de la propriété privé des terres ne date que de la Révolution française, nommément, de l'abolition des privilèges, lors de la Nuit du 4 août. Pourtant, la locution <propriété privée> était déjà utilisée par la noblesse de robe dans des arbitrages ou des jugements, dès l'époque monarchique, sous l'Ancien Régime.
- <<Ce qui a été commencé nous ôte l'initiative de l'agir et les faits accomplis que le commencement a crées s'accumulent pour devenir la loi de sa continuation. (Hans Jonas, "Le Principe Responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique" (Flammarion, Paris, 1995)>>.
(h) Au sein des contradictions de la domination, la stratégie de la séduction marchande (à laquelle peut s'ajouter la séduction féminine de la fille du marchand) est si forte que le Tribunal d'Inquisition auraît du brûler le pape, les cardinaux et les chanoines, pour éviter la diffusion du prêt à intérêt au sein de la Chrétienté.
(i) Un sens à tout prix. Il y a de quoi rendre paranoïaques tous les intégristes. Mais plus le besoin de totalité se fait sentir (vouloir faire sens à tout prix), plus les représentations sont enclines au clivage.
(j) Voir Le Soleillant. Verrières-en-Forez.
(H) Les clivages de la Science.
(a) La Physique ne connaît pas de véritable clivage. Mais sur le front de l'exploration, les recherches se font selon des lignes différentes, en particulier en vue de la grande unification. C'est aussi le cas pour l'interprétation des distances des supernovas de type Ia, utilisées comme des chandelles cosmologiques. Certains croient dur comme fer à l'accélération de l'expansion et donc à l'existence d'une énergie sombre. D'autres, sans remettre en cause l'expansion de l'Univers, doutent que les SNIa soient de bonnes chandelles de référence.
(b) Il reste qu'il est anormal que certaines voies de recherche soient abandonnées, suite à des manoeuvres d'intimidation ou suite à des refus de crédits de recherche. Seule l'expérience cruciale, quand elle est enfin possible, doit être le critère de partage (dans tous les sens du terme), au sein de la Science. Les crédits de la théorie des cordes ne peuvent pas se justifier par l'imminence de l'épreuve cruciale à son sujet.
(c) Il en va tout autrement dans ce qui devrait être la Science sociale.
(d) L'existence même de l'Economie Politique, de la Sociologie et de la Psychologie, plus ou moins contestée par la Psychanalyse, comme autant de disciplines autonomes, est révélatrice d'un clivage des représentations dans ce champ de la recherche ou (faut-il le dire ainsi ?) des croyances.
(e) La solution n'est pas dans le choix d'un point de vue unique (l'individualisme méthodologique des économistes ou le holisme des sociologues), pour rejeter les tenants du ou des autres postulats dans la géhenne, avec les alchimistes et les phlogisticiens d'hier.
(f) La seule manière de ne pas faire passer la Science pour ce qu'elle n'est pas (un discours de vérité), c'est de mettre noir sur blanc ses postulats implicites. C'est de reconnaître qu'ils sont et restent des hypothèses indémontrables. A commencer par la conservation de l'énergie et, plus encore, par le principe de la logique d'identité. La rationnalité de l'Univers est loin d'être une certitude, même si c'est une hypothèse intéressante.
- <<Mais on peut aussi saper l'argumentation du pape en acceptant l'idée que, oui, la raison humaine est un produit de l'irrationalité du monde (ou plutôt de son a-rationalité), d'autant plus précieuse et admirable qu'elle est fragile et que son efficacité, toute relative, n'est jamais garantie d'avance. (Jean-Marc Lévy-Leblond, "Ratzinger et le rationnel", Chronique, in La Recherche, mai 2008, page 101)>>.
(f) Avec un tel constat réaliste, la seule méthode est l'application de la logique floue au sein de la Science elle-même. Une expérience, quand elle est possible, ne tranche pas définitivement entre deux hypothèses ou théories. En termes d'analyse bayésienne, elle provoque une réaffectation des probabilités des causes entre les explications combinables.
(g) On s'oriente alors vers une recherche scientifique digne de ce nom, à savoir, un projet d'intelligibilité de la globalité. Même renforcée par de très nombreuses expériences cruciales, une théorie reste définitivement une conjecture. La Science ne dit jamais la vérité.
(h) Mais, parmi toutes les conjectures possibles dont on lui demande d'assurer le financement, le citoyen peut préférer celles qui naissent au sein d'une problématique de développement durable, pour toute l'humanité, jusque et y compris par une exploration de l'espace lointain, par et pour des générations humaines encore à venir, de nos descendants. Ce qui suppose que nous leur laissions de l'énergie et une Terre vivable.
(i) La compréhension de la totalité, sous la forme d'une vérité, relève du dogme. Ce n'est pas le projet de la Science.
(I) Références d'usage de la locution.
(a) Toute dynamique de groupe provoque un clivage des représentations de chaque membre.
- <<En raison de la pluralité et des effets qu'elle produit, les membres du groupe mettent en place par tacite consentement et à l'insu de chacun des formations et des processus psychiques communs : des mécanismes de défense conjoints et communs, des objets identificatoires d'urgence partagés, un certain renoncement mutuel à la réalisation directe des buts pulsionnels. Il en résulte un agencement inconscient de zones psychiques où le lien est possible. Je précise : dès les tout
premiers instants de la vie des groupes, le refoulement, le déni ou le clivage des représentations dangereuses produisent de l'inconscient. Ces mécanismes de défense co-construits forment le principe des alliances inconscientes. Les contenus inconscients de ces alliances font retour dans le groupe, selon les voies propres à chacun mais aussi à travers les modalités groupales des transferts et du travail associatif. (René Kaës, "La consistance psychanalytique du travail psychanalytique en situation de groupe")>>.
(b) Un prisonnier projette son agressivité à l'égard du système pénitenciaire sur le médecin de la prison, d'où une forte défiance. Mais, dans le même temps, il a besoin de son aide, de son écoute et de lui faire confiance.
- <<Il sera aussi question du dentiste : Damien n'a plus de denture supérieure. La perte de ses dents, "c'est la came, et puis on me les a arrachées en prison". Il envisage de demander un appareil mais attend pour cela son transfert en centre de détention ou en centrale parce que la rumeur dans l'établissement où il est actuellement présente les dentistes comme des bouchers. L'ambivalence à l'égard de son traitement pour le VIH témoigne du clivage des représentations attachée au système de soins. Damien suit pendant un à deux mois sa trithérapie puis il arrête. Il évoque à la fois son intolérance aux médicaments (fatigue, nausées, diarrhées) et sa méfiance à l'égard du médical. "Je n'ai pas confiance dans la science. Je ne crois pas à la médecine. C'est eux qui ont apporté la maladie à force de faire des tests". Ainsi, la médecine ne soigne pas, elle rend malade, comme son traitement le rend malade. Pourtant, c'est auprès des médecins, de certains médecins que Damien trouve un étayage essentiel dans cette période de sa vie. "Moralement, le médecin m'aide beaucoup, le fait de parler avec elle. C'est quelqu'un d'extérieur à l'administration pénitentiaire, ça me fait du bien. Etre écouté, c'est beaucoup". ("Sida et Santé : représentations et pratiques des personnes incarcérées : être séropositif et incarcéré", document du web)>>.
Nota Bene. Les mots en gras sont tous définis sur le cédérom encyclopédique.